lundi 17 avril 2017

POÉTAXI





















Taxi cargo broyant la nuit
le compteur à zéro

chauffeur univers
poétise la carte urbaine
entre les sourires

taxi de frères d'armes
bourrés de bière
de lambeaux de poèmes

ville translucide
le ventre de la bête.



Jean Coulombe © 2017


mardi 11 avril 2017

SOUS LA PEAU





















Tu chantais
seule au rivage
une galaxie
en offrande

sertie de petites joies
lancées sous la peau

et je respire
en lumière
le hasard brûlant
des ombres.


Jean Coulombe © 2017


mardi 4 avril 2017

CIEL SEMÉ D'EMBÛCHES


... à François

























Morsures du vent
le soleil entre les dents
trois cigarettes et un sourire
pour pénitence
l'auréole attachée avec de la broche
au sortir du sous-sol
du ciel alcoolique repentant

prières faisant l'objet d'un rappel

le fond de l'heure est frais.


Denis Samson © 2017


vendredi 31 mars 2017

DENISE




Dans son
demi sous-sol
de la rue
du couvent
ma tante Denise
fait bouillir
des oeufs
pour la cabane
à patate
de son mari

elle chante
avec la radio
la seule chanson
d'amour
qu'elle connaît

elle chante
avec la radio
le jingle
de la radio

chez
ma tante Denise
le soleil
a de la misère
à rentrer
et fait
des ombres chinoises
à travers les pots
pour se faire remarquer

la vie
sent le vinaigre
chez
ma tante Denise


Alain Larose © 2017


lundi 27 mars 2017

ODEURS


























Roses de glace
fenêtres qui craquent

aube frileuse
en haillons de fumée

ça sent la neige.

La neige sent l'usine.



Denis Samson © 2017


mardi 21 mars 2017

PAYS NATAL




















Cette ville me tétanise
avec son petit maire
ses petites misères
et ses rats des ondes

cette ville me blesse
j'y mourrai sans doute
perclus d'arthrose sociale

balloté dans le glauque
des paroles creuses
sans le rauque d'un cri

cette ville me tue
tant de turpitudes
érigées en monuments

tant de m'as-tu-vus
et petites grandeurs
sur fond de pays inexistant.

J'aime cette ville!


Jean Coulombe © 2017


samedi 18 mars 2017

PANNE SUR LA LIGNE ORANGE


























Prends tes bagages
le train part
une minute après minuit*

Ce soir
le fantôme
du Grand Antonio
tire un wagon
de la ligne orange
jusqu'au camp de Jasenovac
en Croatie

100 000 morts
l'attendent là-bas

et tous les jours
à Montréal
le fantôme
d'Anton Baričević
sur son banc
d'épicerie
parle à ceux-là

il décrit
les rayons
d'un festin
qui n'arrivera jamais
mais qui tient
pourtant
dans l'air
entre ses mains

Prends tes bagages
le train part
une minute après minuit

Anton Baričević
ne repose pas
il en faudra
des voyages
pour les faire
monter
tous

Anton Baričević
l'exil
c'est chez toi
tu tires toujours
ton wagon

à Mont-Royal
les passagers du métro
remontent
de sous la terre
en sacrant


Alain Larose © 2017

* «Belgrade» par Miroslav  Antić