mercredi 28 décembre 2011

ÉPÎTRE PROFANE






Sors de ton silence
arbore ton enfance
jusqu'au souffle éternel

ta vie entière entre tes mains

scrute ton parcours-rupture
chasse toute confusion

délivre-toi de tes peurs
délie ta langue granit
ouvre les ailes de ton coeur

accepte la douleur de vivre
embrasse la douceur de vivre

protège ton âme de l'humanité
ne crains pas les ombres
ni le silence de tes nuits

tes amis connaissent tes hivers
tes enfants aiment ta force

disperse les nuages du doute
sois un abri pour toi-même
et les tiens

réjouis-toi du soleil qui émerge
et ouvre tes bras à la terre

bénis la plénitude du moment

ta vie entière entre tes mains


Jean Coulombe (c) 2011


mardi 20 décembre 2011

CHAQUE PAUPIÈRE






J'ai porté mes neiges
pour sombrer en ta voix
retenir l'écho
d'une flèche de glace
lancée sans appel
au tourment

belles pages folles
tournant en nos feux
racontant nos braises
mes yeux nomades
creusant tes soifs

dans nos songes
j'ai porté l'hiver
errant sans cruauté
pour marquer de givre
chaque paupière

ici tu es partout
comme un vent fauve
tu arraches mes pierres
souffle à souffle


Jean Coulombe (c) 2011


lundi 19 décembre 2011

YOU HAVE NO MESSAGES





La voix du passé sur mon répondeur
répète qu'il fait beau ce matin
une vraie journée d'été

ce matin on gèle
et ce n'est même plus
le matin

la voix du passé est belle
comme un été indien

la voix de l'hiver efface
ce qui reste de chaleur.




mercredi 14 décembre 2011

L'APPEL DU GOUFFRE





Toute cette masculinité
conviée au Festival
des commotions cérébrales

Toute cette testostérone châtrée
à la kermesse des assassinats légaux
et tous ces spasmes incertains de vivre

Tout, tout et re-tout
à l'infini des charges
recharges et décharges

Toute cette douleur orpheline
sans autre appel que le gouffre


Jean Coulombe (c) 2011


mardi 6 décembre 2011

BLANC FONDU






Vieux manteau de boules à mites
sorti de la mémoire
les os bien au chaud
le coeur qui pique

le ciel sent l'hiver
je tire la langue
goûte la première neige.


Denis Samson (c) 2011


vendredi 2 décembre 2011

ICI MAINTENANT

photo Ian Giles



C'est un boxeur
déguisé en femme
comme la poésie
et qui promène ses invendus
dans un landau
de ferme en ferme
jusqu'à Québec
comme autant de bébés
mexicains morts

Il demande son chemin
sur St-Jean
vers le Rio Grande

Il veut nager
jusqu'aux mines d'argent
de l'autre côté

Un homme l'a reconnu

C'est un poète franco-ontarien

Le poète franco-ontarien
pousse son premier recueil
de la basse-ville jusque chez lui
dans un chariot d'épicerie
et aussi dans une indifférence
particulièrement générale

Le poète franco-ontarien
a les yeux
en forme d'Everlasts
d'en avoir assez vu

Il regarde le boxeur
et murmure: «Cut 'em off...»
en tournant le coin de Scott
en éclatant d'un rire
jaune sans nom
sous le soleil de novembre

comme si c'était hier